Quelques termes fauniques et floriques propres au français québécois

– Tu veux-tu de l’ouananiche avec ça?
– Ouais, merci. On peut-tu manger dans’ tente? Les maringouins me piquent trop souvent.

Les mots clés : ouananiche et maringouins. Si vous n’avez pas pu les comprendre, il est fort possible que vous soyez locuteur du français européen ou d’un autre coin de la francophonie parce que ces deux termes n’existent qu’en français québécois. Alors, je vous présenterai d’autres termes de la faune et de la flore qui sont partiellement ou complètement propres au français québécois.

Vous voilà un bref résumé pourquoi je pense que ça vous intéresserait.

« Ainsi, il y a des particularités dans la langue générale, mais des pans de vocabulaire sont particulièrement affectés par la variation géographique, puisque les réalités qu’ils servent à dénommer sont avant tout américaines. Par exemple, le vocabulaire de la faune et de la flore comporte des mots propres à chaque variété de français, puisque la faune et la flore elles-mêmes ne sont pas les mêmes des deux côtés de l’Atlantique. Le merle, à la gorge rouge, qu’imagine un Québécois, ne ressemble pas au merle au plumage noir qui peuple les arbres d’Europe : il ne s’agit pas de la même espèce. Certains animaux propres à l’Amérique du Nord ont reçu le nom que leur avaient donné les peuples amérindiens avant que ce nom ne passe dans la langue française : c’est le cas, par exemple, de ouananiche, de touladi ou de wapiti. Le vocabulaire politique présente également de grandes différences. À la base, le régime politique canadien, monarchie parlementaire, avec un niveau fédéral et un niveau provincial, diffère de la République française; on s’imagine aisément l’incidence de cette différence fondamentale dans le lexique. Présentons comme dernier exemple le vocabulaire du droit : au Canada sont en vigueur et le droit civil, hérité de la France, et la common law, britannique. »

Source : Le projet « FRANQUS » : la langue française vue par les Québécois par Mireille Elchacar.

Eh bon, commençons par des photos accompagnées avec des légendes en français québécois et son équivalence européenne.

L’achigan (m.) – la perche noire : terme emprunté à l’algonquin at-chi gan (« celui qui se bat ») en 1642 ou en 1656; se prononce comme /aʃiɡɑ̃/.

L’atocas (m.) – les canneberges : terme emprunté au huron (a)toxa (« petit fruit rouge ») en 1632; se prononce comme /atɔkɑ/.

La barbottele poisson-chat : depuis 1862; se prononce comme /baʀbɔt/.

Le blé d’Indele maïs : se prononce comme /ble dɛ̃d/. Bien oui, vous pouvons voir que les premiers Européens croyaient être en Inde!

Les bleuets (m.) – les myrtilles : se prononce comme /bløɛt/. Note : en Europe, les bleuets ne sont pas des airelles, mais des fleurs bleues.

Le carcajou – le glouton : terme emprunté à l’innu  kuakuatsheu (« esprit maléfique ») en 1685;  se prononce comme /kaʀkaʒu/.

Le chat sauvage – le raton laveur : se prononce comme /ʃɑ sovaʒ/.

Le chevreuil – le cerf de Virginie : depuis 1613; se prononce comme /ʃəvʀœj/. Note : il existe une espèce de cervidé en Europe qui s’appelle aussi par ce nom, mais ce ne sont pas les mêmes animaux que ceux en Amérique du Nord.

Les épinettes (f.) – les sapinettes :  de épin avec suffixe ette; depuis 1644 ou 1662; se prononce comme /epinɛt/. Note : une épinette est aussi un petit piano!

Le huardle plongeon : de huer avec suffixe ard; depuis 1632; se prononce comme /ɥɑʀ/.

Le maringouinla moustique : terme emprunté du guarani mbaríguí (« cousin, moustique ») ; se prononce comme /maʀɛ̃ɡwɛ̃/.

Le maskinongéle brochet géant : terme emprunté à l’algonquin mackinonje (« gros brochet, poisson laid ») en 1688; se prononce comme /maskinɔ̃ʒe/.

L’orignal (m.) – l’élan : terme emprunté au basque orignac (« cerfs ») en 1603; se prononce comme /ɔʀiɲal/.

L’ouananichele saumon d’eau douche : terme emprunté à l’innu aunanich (« le petit égaré, celui qui se trouve partout »); se prononce comme /wananiʃ/.

L’ouaouaron (m.) – la grenouille géante : terme emprunté au huron ouaron (« grosse grenouille ») en 1754; se prononce comme /wɑwɑʀɔ̃/.

L’outarde (f.) – la bernache du Canada : du latin avis tarda (« oiseau lent »); se prononce comme /utɑʀd/. Note : il existe une espèce européenne qui s’appelle aussi par ce nom, mais elle ne se ressemble pas du tout à une oie!

Les patates (f.) – les pommes de terre : terme emprunté du quechua via l’espagnol et l’anglais papa en 1764; se prononce comme /patat/.

La perchaudela perche : d’origine populaire; depuis 1824; se prononce comme /pɛʀʃod/.

Les peanuts / les pinottes (f.) – les arachides / les cacahuètes : terme emprunté à l’anglais peanut en 1879; se prononce comme /pinɔt/.

La pruchele tsuga : dérivé de la prononciation normande et poitevine prusse ou pérusse; se prononce comme /pʀyʃ/.

Le siffleuxla marmotte : d’origine populaire; se prononce comme /siflø/.

Le (petit) suisse (rayé)le tamia : appelé ainsi à cause du pelage similaire à la tenue à rayures des gardes suisses du Vatican; depuis 1632; se prononce comme /sɥis/.

Le touladila truite grise: d’origine amérindienne inconnue; se prononce comme /tuladi/.

Le wapitile cerf élaphe – terme emprunté soit au cri wapitew, soit à l’algonquin wapitik, soit au shawnee wa(a)piti (« croupion blanc »); se prononce comme /wapiti/.

C’est tout! J’espère que vous venez de comprendre un mot ou deux ou même plusieurs. Est-ce que ça vous étonne que le français soit un peu plus riche que vous croyiez? Si oui, aha! Si non, ah bof. On ne peut pas étonner tout le monde avec une seule chose.

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